Chapitre
IX - “Le Royaume à deux têtes”
(Extrait)
Ambitions, trahisons et calculs dominent désormais le gouvernement
du royaume de France, les princes de «fleur de lys» privilégiant
leurs intérêts avant toute chose. Charles VI, roi mineur,
peine à secouer leur tutelle. Et quand il y parvient, c’est
pour sombrer dans la folie et devenir le jouet des partis : la Maison
de Bourgogne se dresse contre celle d’Orléans soutenue
par le comte d’Armagnac. Le royaume, affaibli, est une proie facile
à saisir. Henry V, le nouveau roi d’Angleterre, n’a
qu’à tendre la main. Azincourt en 1415 est le premier acte
de la tragédie qui va suivre. La guerre civile ensanglante le
royaume avec d’un côté, l’Anglais, roi par
traité, et de l’autre le Français, «gentil
dauphin», devenu par la grâce de Jeanne d’Arc et de
l’onction, Charles VII. Un roi qui crée une armée,
renoue avec la Bourgogne et goûte enfin au fruit de la victoire
à Castillon en 1453. De passes d’arme en trêves,
le conflit franco-anglais aura duré plus de cent ans.Charles
VI de Valois est sacré à Reims le 4 novembre 1380 ; il
n'a pas même pas douze ans. Les frères et parents du roi
défunt gouvernent en son nom. Il y a là Louis d’Anjou,
Jean de Berry, Philippe de Bourgogne et Louis de Bourbon, tous quatre
bientôt rejoints par Louis d’Orléans, le frère
cadet du nouveau roi.
Chacun d’eux poursuit un rêve, une ambition à sa
mesure même si le royaume est exsangue et privé de ressources.
A sa mort, Charles V a en effet supprimé les impôts (fouages)
levés pour payer la rançon du roi Jean. Les rétablir
provoquerait l’émeute. On négocie alors avec les
Etats de langue d’oïl le principe d’un prélèvement
provisoire. Le petit peuple des villes se soulève. En 1382, les
Parisiens chassent à coups de maillet de plomb les agents du
fisc, y gagnant ainsi le surnom de «Maillotins» !
Le conflit avec l’Angleterre se poursuit. Il n’y a pas une
année, jusqu’en 1389, sans escarmouches en Flandre ou en
Saintonge menées par les oncles du roi, qui envisagent même
de débarquer sur l’île. Mais ces tentatives, ces
«passages de la mer», échouent piteusement ou restent
à quai. […]
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