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Lame de fond

THIERS AU FIL DU COUTEAU

L’histoire de la coutellerie française se confond depuis le XVe siècle avec celle de la ville de Thiers (Puy de Dôme). Des rives de la Durolle à la ville haute, l’artisanat puis l’industrie du couteau ont modelé et façonné la cité.
Bâtie à flanc de coteaux, sur l’un des éperons rocheux qui surplombent la vallée de la Durolle, Thiers veille sur le cours tumultueux de son histoire. Ses façades ocre jaune surplombent la rivière torrentueuse à laquelle la ville haute doit sa prospérité passée. La vieille ville s’étire ainsi, toute en déclivité, de la rue Terrasse à celle des Murailles. La rue Conchette fut investie à la Renaissance par les marchands thiernois qui y édifièrent moult hôtels particuliers. Autre étape obligée, tout de colombage vêtu, l’hôtel du Pirou, aménagé au XVe siècle par les ducs de Bourbon, héberge désormais, sur la place du même nom, l’office de tourisme. Un peu plus loin, au 21 de la rue de la Coutellerie se dresse la façade d’une maison médiévale dite de l’Homme des bois. Sa figure énigmatique domine l’entrée du musée de la coutellerie.

Une histoire d’acier
De salle en salle, des premières meules du XIIIe siècle, réemployées comme matériau de construction dans l’église Saint-Genès, à la coutellerie de prestige, l’histoire du couteau s’inscrit ici en lettre d’acier, des pièces les plus classiques, couteaux fermants et droits, aux plus originales : couteaux mètre, à secret, loupe ou même pistolet. Au 58 de cette même rue, la maison des Échevins abrite l’atelier de démonstration du musée. Ici officient trois couteliers et un apprenti dont on pourra apprécier le savoir-faire et la dextérité. « Le bassin thiernois fabrique encore 70 % de la production hexagonale d’instruments tranchants » précise Valérie Vigier, responsable du développement des publics du musée. Et la ville accueille l’unique formation française en la matière, à savoir un CAP instruments coupants et de chirurgie. Cette tradition s’inscrit dans les sites et les paysages. Une fois franchie la porte des jardins de l’ancien hôpital, adossés aux murailles de la ville, retentit parfois le bruit des usines couvert par les grondements de la Durolle.

Une mémoire à ciel ouvert
On accède ainsi à la Vallée des usines, véritable musée de l’ère industrielle à la fin du XIXe siècle presque totalement dédié à la coutellerie. Ces établissements ont pour nom l’usine du May, Faux Martel, le Creux de l’enfer ou les forges Mondière. Certains furent édifiés sur l’emplacement d’anciens rouets, ces ateliers où travaillaient les émouleurs, chargés de blanchir et de mettre les lames au tranchant grâce à une meule mue par la force hydraulique. On a ainsi dénombré de Chabreloche à Thiers, sur une trentaine de kilomètres de rivière, pas moins de quatre-vingt ateliers, que rejoignaient chaque jour près d’un millier d’ouvriers, émouleurs et polisseuses confondues. Les sentiers qu’ils empruntaient ont été remis en état et transformés en chemin pédestre. Leurs vestiges sont devenus une des destinations préférées des touristes. Le dernier rouet en activité, Chez Lyonnet, a fermé ses portes en 1976. Il se visite désormais chaque été. Le nec plus ultra : une balade de nuit, à la lueur d’une lampe torche ou lors d’une veillée contée organisée par le musée de la coutellerie.

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© Anne-Sophie Gomez - Frédérique Chevalier / 2011 - Tous droits réservés — Réalisation : www.plume-image.com