Introduction
« Il
ne sourit pas, il n’est pas curieux, il n’est pas absent :
il est tranquille dans ses vieilles certitudes. »
Henri Pourrat, Le Secret des Compagnons.
L’Histoire connaît deux Auvergnes : la Basse et la
Haute. La première s’est constituée autour de la
figure tutélaire du puy de Dôme et du département
éponyme, auxquels il faut ajouter l’arrondissement de Brioude.
La seconde recouvre le département du Cantal. Mais elles ne sont
pas un tout. L’Auvergne contemporaine s’est adjugé
le Bourbonnais et le Velay.
La géographie et la géologie en connaissent au moins trois,
celle des plaines et des terres sédimentaires, celles du granite,
celle de la lave volcanique. Une diversité enchevêtrée
d’histoire commune, de nuances et de variantes.
L’Auvergne d’antan existe-t-elle encore ? Partons ensemble
à sa recherche dans les chemins creux de l’histoire et
de la mémoire. En un peu plus d’un siècle, que de
bouleversements ! Parcourir l’Auvergne d’avant 1914,
c’est d’abord découvrir une terre rurale, un monde
rythmé par la nature, un monde qui s’éteint en silence.
Les départements ruraux se dépeuplent. Ce mouvement n’est
plus un simple phénomène saisonnier. L’émigration
auvergnate vers la capitale, vers Paris, vide les campagnes.
Le paysan devient une figure pittoresque que côtoient baigneurs,
buveurs d’eau et touristes, le temps d’une cure thermale.
Des photographes n’ont pas manqué d’exploiter cette
connivence : « tous les costumes et objets nécessaires
sont gratuitement mis à la disposition des personnes qui désirent
poser en paysan auvergnat », lit-on dans leurs studios de
Clermont-Ferrand et Royat.
Une partie de lui-même ne pouvait que disparaître, aspirée
par le progrès. Mais il n’est de « bon vieux
temps » que pour celui qui regarde. Ainsi naît la nostalgie
de ce que l’on n’a pas connu, de ce qu’on a simplement
entraperçu dans l’obscurité d’une grange ou
dans un de ces populaires vide-greniers vides mémoires.
Rien n’a changé et tout a changé. L’agriculteur
est devenu chef d’entreprise ; les Limagnes, aujourd’hui,
n’ont rien à envier à la Beauce. Le remembrement,
mené dans les années soixante, y a effacé le souvenir
des paysans de jadis. La vigne se fait rare sur les coteaux mais Chanturgue
et Saint-Pourçain résistent encore. Les saint-nectaire
et autres cantals possèdent désormais leurs lettres de
noblesse : une A.O.C en bonne et due forme.
La physionomie des centres villes n’a guère évolué.
En revanche, elles ne cessent de mordre sur les campagnes environnantes
à l’image de Clermont-Ferrand, Moulins, Montluçon.
Ce mouvement n’est pas limité aux grandes villes auvergnates.
Il n’est pas un village qui ne rêve d’accueillir de
nouveaux habitants dans son pimpant lotissement, construit en bout de
terre, à l’écart du centre, vidé de ses commerces
et de substance.
La manufacture Michelin s’est mué en leader mondial de
l’industrie du pneumatique. Issoire s’est trouvé
une vocation industrielle et aéronautique quand Montluçon
peine à retrouver la flamboyance de sa révolution industrielle.
Les grands couturiers, à l’occasion, offrent aux dentellières
une seconde vie et les designers de nouveaux modèles à
la coutellerie.
Les villes thermales s’offrent une cure de jouvence en nous proposant
de mincir. Vichy tente d’oublier qu’elle fut, de 1940 à
1944, capitale de l’Etat français. Les volcans d’Auvergne,
terre ingrate s’il en est, sont devenus le must du tourisme vert ;
l’or blanc, lui, a du plomb dans l’aile, en raison d’un
enneigement insuffisant. Qui l’eut cru à l’aube du
XXe siècle ?
La cité mariale du Puy-en-Velay s’est fait étape
sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Les processions et autres
bénédictions de troupeaux attirent presque autant de touristes
que de croyants. Le folklore est devenu mode et Vulcania, centre de
loisirs.
Tout cela en un peu plus d’un siècle…
Retour
© HC Editions